1. Résumé de l'article "prise en charge orthophonique de la paralysie faciale périphérique corrigée par transfert du muscle temporal sur la commissure labiale" (paru dans la revue orthophonique GLOSSA n° 63 "les fonctions faciales" sept 98)
par Marie-Pascale LAMBERT PROU, Orthophoniste (CAEN).

2. Précisions concernant les Cas Moebius.

Revue GLOSSA - Ortho-Edition - 76, avenue Jean Jaurès - 62330 Isbergues - France - Tel : 03 21 61 94 94 - E-mail : ortho.edition@nornet.fr

A paraître : "Le sourire envisagé ! - Réponse à la paralysie faciale périphérique. Marie Pascale LAMBERT PROU (Ortho-Edition)

 
 
Myoplastie du temporal et rééducation orthophonique postopératoire  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1. La paralysie faciale périphérique

elle est liée à une déficience du nerf n° VII (voir schéma a)

Le transfert du muscle temporal (innervé par le nerf numéro V - voir schéma b) apparaît en 1934 avec la technique GILLIES, par prélèvement d'un lambeau rabattu par-dessus l'arcade zygomatique et amarré sur des bandes de fascia (aponévrose) pour atteindre la commissure (schéma c). Les résultats s'avéraient décevants à distance : on constatait une déformation de la joue lors de la contraction excessive du temporal (cet excès était indispensable pour mobiliser le lambeau). En 1952, Mac LAUGHLIN libère le tendon du temporal de l'apophyse coronoïde (branche basse de la mâchoire inférieure), pour une action de toutes les fibres du muscle. Mais lui aussi utilise un relais pour pallier la longueur insuffisante des fibres, ce qui, là encore, compromet le résultat à distance (schéma d).

Actuellement, la technique de GILLIES, perfectionnée par le prélèvement d'un lambeau plus large (moitié postérieure du temporal) est encore pratiquée. Le muscle passant sous la peau, et en raison d'adhérences, on observe encore une déformation de la joue lorsqu'il se contracte.

En 1994, le Dr LABBE innove avec la myoplastie d'allongement du temporal.
Il allonge le muscle en le désinsérant de la fosse temporale (située au-dessus de l'oreille), et en redistribuant les fibres plus en avant. L'utilisation du relais devient inutile : le tendon (extrémité basse du muscle), libéré de l'apophyse coronoïde (branche montante de la mâchoire), atteint directement la commissure et le sillon nasogénien (ride du sourire allant de la narine à la commissure) sur lequel il est réparti. Le temporal est placé non plus sous la peau, mais beaucoup plus en profondeur, sous l'arcade zygomatique et sous le muscle masséter dans un passage très lubrifié, parant ainsi à toute adhérence sous-cutanée et à toute déformation de la joue lors de la contraction du muscle transféré. Avant l'opération, on s 'assure que le temporal possède suffisamment de force. Dans les paralysies de Moebius, il arrive que ce muscle soit atrophié.

Avant l'opération,
au repos et au sourire

Le muscle temporal est un muscle masticateur qui passe sous l'arcade zygomatique. Il est inséré en haut sur le crâne, en éventail ; en bas sur la mâchoire inférieure.
Au repos et au sourire, les lèvres tombent.

La contraction du muscle temporal rétrécit les fibres et remonte la mâchoire, permettant de serrer les dents

Le muscle temporal

Après l'opération

Le muscle temporal devient un muscle labial (sourire et parole principalement).

Le muscle temporal est toujours inséré en haut sur le crâne, mais déplacé en avant pour être allongé. En bas, il est maintenant inséré sur toute une ligne allant de la narine à la commissure des lèvres.

Au repos, la commissure labiale est suspendue, le sillon naturel du nez à la commissure est recréée.   La contraction du muscle temporal rétrécit les fibres : la commissure est relevée et creuse la ride naturelle du sourire.

J'ai été amenée à prendre en charge les premiers bénéficiaires de la myoplastie d'allongement du temporal, ce qui a nécessité la conception d'un bilan et d'une rééducation orthophonique spécifique.

La rééducation des zones qui ne sont pas directement concernées par le transfert du temporal (celles de l'œil, du front, de la langue, du nez, du menton et du cou) reste, quant à elle, identique à la rééducation classique des paralysies faciales (voir "Les fonctions oro-faciales" - I. EYOUM, F. MARTIN, G. COUTURE -Ortho-Edition), c'est à dire en travaillant en douceur afin d'éviter les risques de complications inhérentes à toutes PF : syncinésies surtout (quand on sollicite un muscle du visage, c'est un autre muscle qui se contracte : le trajet de l'influx nerveux - de l'électricité - est dévié vers une autre branche du nerf et donc vers un autre muscle).

Le patient est reçu, dans un premier temps, en entretien et en bilan orthophoniques préopératoires. On étudie principalement la force musculaire labiale et jugale, puis il est procédé à un examen fonctionnel portant sur les mimiques (surtout le sourire), l'articulation et la mastication. L'entretien a pour but d'informer le patient et de s'assurer de sa motivation pour une participation active au suivi rééducatif postopératoire.


Le bilan postopératoire

Il sera réitéré en cours de rééducation. On note toutes les modifications apportées :

- Au niveau esthétique : suspension de la commissure labiale, sillon nasogénien recréé, base de l'aile du nez relevée.

- au niveau de la force musculaire : le temporal transféré permet dorénavant une contraction de la joue et une élévation de la commissure labiale lors du serrage de la mandibule (serrer les dents), de la rétropulsion (reculer la mâchoire) et de la diduction côté opéré (porter la mâchoire vers le côté opéré). L'amplitude de la course commissurale est mesurée (l'amplitude du sourire), sa direction notée.

- au niveau fonctionnel : le temporal transféré est appelé à améliorer le sourire, l'articulation labiale, le premier temps de la déglutition (la mastication), la fermeture de la paupière inférieure et la respiration nasale.


La rééducation

Elle commence entre le 15e et le 20e jour postopératoire, à raison d'une séance par semaine. En outre, on demande au patient de s'entraîner quatre fois par jour à domicile (les mêmes exercices lui sont présentés sur un aide-mémoire).

La rééducation porte sur :

1) La détente du visage : relaxation, stimulations oro-faciales. Elle amène le patient à reprendre contact avec la zone réanimée et à se la réapproprier.

2) L'assouplissement de la cicatrice nasogénienne (dans la ride du sourire) : Le patient apprend à la masser (pressions externes des doigts, appliquées par petits mouvements circulaires ; pressions internes à l'aide de la langue).

3) Le travail musculaire (qui doit se réaliser sans forçage, afin de prévenir l'installation de syncinésies) :

- Des lèvres : l'élévation de la commissure se produit en sollicitant les mouvements de la mâchoire inférieure qui correspondent à la fonction originelle du temporal transféré (serrage, rétropulsion et diduction côté réanimé). Les mouvements labiaux antagonistes de l'élévation commissurale sont également travaillés pour développer la plasticité du temporal et la mobilité des lèvres. La fermeture labiale, quant à elle, demande à être améliorée dans sa nouvelle position.

- De la joue : le patient doit contracter la joue contre les dents en sollicitant le temporal transféré.

4) Le travail fonctionnel qui concerne :

- Le sourire : obtenu au départ par mobilisation de la mâchoire inférieure. Il est recherché, après quelques séances, sans cette mobilisation, par contraction temporale indépendante. On l'intègre, dès que possible, à des exercices portant sur des situations concrètes et quotidiennes de plus en plus naturelles et imprévisibles, afin de parvenir au " sourire temporal " spontané. Cette partie de la rééducation suppose que le patient soit réconcilié avec son visage et ait perdu ses attitudes de retenue ou de dissimulation de son visage.

- La déglutition : on cherche à améliorer la fermeture labiale pour éviter les fuites salivaires, ainsi que la force temporo-jugale qui permet l'évacuation des restes alimentaires stagnant dans la partie basse des joues (sillon jugal).

- L'articulation : on porte une attention particulière à la traction de la commissure labiale sur les phonèmes " étirés " /i,é,in/ ; à la fermeture labiale lors des phonèmes bilabiaux /p,b,m/ ; à la force temporo-jugale qui doit s'opposer au gonflement de la joue flasque provoqué par l'articulation des phonèmes bilabiaux et labiodentaux /p,b,m,f,v/.

- L'ascension de la paupière inférieure : lors du sourire ample, la commissure labiale est relevée mais aussi la joue et parfois par entraînement, la paupière inférieure qui peut ainsi mieux remplir son rôle de protection de l'œil (on veillera à ce qu'il s'agisse bien d'un relèvement passif de la paupière inférieure et non pas d'une syncinésie).

- La respiration nasale : Le muscle temporal exerce une traction au niveau de la narine. Cette traction permet d'éviter l'accolement de l'aile du nez paralysée, que l'on constate lors de l'inspiration.


L'élévation de la commissure labiale est donc réalisable en trois stades :

- Stade du "sourire" mandibulaire : l'élévation commissurale est obtenue à condition d'être associée à un déplacement de la mâchoire inférieure. Ce stade concerne tous les patients opérés, rééduqués ou non.

- Stade du " sourire " temporal volontaire : le sourire est réalisé sans mobilisation de la mâchoire inférieure, la contraction temporale restant volontaire. Le sujet peut faire varier l'amplitude de la course commissurale. Tous les patients opérés et rééduqués y parviennent

- Stade du " sourire " temporal spontané : presque tous les patients accèdent à une élévation commissurale à la fois spontanée et indépendante de tout mouvement mandibulaire, lors du sourire, de l'articulation des phonèmes " étirés " et de la vidange salivaire. Cette élévation spontanée n'est cependant pas de qualité constante (variable selon la fatigue et les circonstances).

Le temporal transféré abandonne ainsi sa fonction originelle (muscle masticateur) pour adopter les fonctions correspondant aux mouvements commissuraux vers le haut et l'arrière (il devient un muscle du sourire, de la parole…). Dans une telle évolution, la plasticité du cerveau joue un grand rôle (celle-ci sera d'autant plus sollicitée que l'on aura fréquemment et quotidiennement travaillé les nouveaux mouvements labiaux en situation).

L'acte chirurgical et la rééducation orthophonique qui lui est associée amènent progressivement le temporal à changer de fonction à la fois aux niveaux moteur et cérébral. Ce traitement complet permet d'obtenir ce que j'appelle le "sourire temporal" qui peut être défini ainsi : "sourire obtenu par la contraction du muscle temporal sain transféré sur la commissure et sillon nasolabial paralysés, la contraction du temporal rééduqué étant devenue indépendante de sa fonction originelle (mouvements mandibulaires). Le sourire temporal est dans un premier temps volontaire. Il peut ensuite devenir spontané. Il est un sourire au sens littéral du terme, une véritable mimique d'expression".

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2. Précisions concernant les paralysies de Moebius bilatérales :

La rééducation que je propose sollicite le nerf V. Elle est donc indiquée après toute technique opératoire réalisant une suspension active des lèvres dans les cas de Moebius bilatéraux. En effet, le nerf VII étant inefficace des deux côtés, les chirurgiens ne peuvent proposer que de solliciter le nerf V (celui qui innerve le temporal et le masséter, deux muscles masticateurs).

Les techniques opératoires concernées par cette rééducation (qui sollicite le nerf V) sont les suivantes avec rappel de quelques caractéristiques à prendre en compte :

- Myoplastie d'allongement temporal (LABBE) : proximité du muscle transféré, orientation favorable des fibres, suture nerveuse non nécessaire.

- Myoplastie du temporal (GILLIES) : transfert d'un lambeau (assez large) du muscle. Résultats assez similaires si ce n'est une force musculaire moindre et une déformation de la joue, lors de la contraction, consécutive au passage du muscle en sous-cutané.

- Techniques de transfert du masséter : rééducation analogue, mais déformation de la joue par adhérences et, surtout sourire trop horizontal lié à l'orientation des fibres du masséter vers la commissure.

- Techniques de transfert de lambeaux libres (peu pratiquées en France): un muscle situé à distance (cuisse par exemple) est prélevé puis transféré sur le visage. Il faut revasculariser et réinnerver ce muscle. On le raccorde à la branche du nerf V destinée au muscle masséter. L'opération a lieu en deux temps, un côté puis l'autre.

A elle seule, la myoplastie d'allongement du temporal me semble intéressante, car elle réunit plusieurs avantages déterminants :

- intervention en un seul temps sur les deux côtés du visage. On ne prélève aucun muscle ou nerf sur une autre partie du corps. Le muscle temporal n'a pas besoin d'être revascularisé et réinnervé, puisqu'il est légèrement décalé et non pas complètement déplacé,

- pas de déformation de la joue,

- efficacité de la force musculaire du temporal dont on sollicite toutes les fibres,

- orientation du sourire vers le haut et l'extérieur (orientation identique à celle d'un sourire sain).

Pour les paralysies de Moebius, il faut parfois affaiblir l'hyperactivité des muscles abaisseurs des lèvres qui retient le sourire.

On peut y remédier par :


- la prise de conscience du phénomène,

- la relaxation,

- voire l'injection, par le médecin, d'acide botulique sur les muscles concernés.

Les résultats de l'opération associée à la rééducation sont assez rapides. Ils permettent un sourire significatif et un mieux être psychologique évident.

Un de mes jeunes patients opérés (8 ans, paralysie bilatérale Moebius) m'a spontanément déclaré, en jouant à un jeu de 7 familles des mimiques que nous avons élaboré ensemble : "La famille que j'imite le plus facilement et celle que je préfère, c'est la famille-sourire".



 

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